1

La fabrication du charbon binchotan de Kishu

Le binchotan de Kishu est un charbon de bois blanc fait à partir de chêne d’Ubame dont nous redécouvrons aujourd’hui les vertus. Ses bienfaits sont en effet connus depuis bien longtemps puisque l’origine de sa fabrication remonte à la dernière période glaciaire. Le charbon actif binchotan produit à Kishu est un produit rare et d’une grande qualité dont la production fait l’objet de contrôles rigoureux.

Le charbon actif binchotan de Kishu est fabriqué depuis l’Antiquité

La fabrication du charbon de bois japonais remonte à la période Jōmon, vers 12 000 av J.-C., à l’époque où les peuples vivaient encore dans des huttes et se nourrissaient du fruit de la chasse et de la cueillette. Ils utilisaient alors le charbon de bois essentiellement pour cuisiner et alimenter le feu. 

À l’ère d’Edo, c’est-à-dire entre le 17e et le 19e siècles, on connaissait déjà les précieuses propriétés purificatrices du charbon de Kishu, à tel point qu’il était devenu une monnaie d’échange dans les transactions. C’est à cette époque qu’on la commencé à l’appeler binchotan, ce nom provenant d’un fabricant de charbon de bois de la préfecture de Wakayama, rebaptisée Kishu en 1868, lors de la période de restauration de Meiji.

À l’origine, le charbon binchotan était produit uniquement dans la région de Wakayama mais bientôt des fabricants ont migré dans d’autres régions du Japon, notamment vers Tosa et Miyazaki. On appelle donc le binchotan produit dans la région de Kishu le binchotan de Kishu afin de le distinguer des autres charbons de bois binchotan.

Le processus de fabrication du binchotan de Kishu 

La récolte du bois

Le charbon de bois binchotan est fabriqué à partir de chêne Ubame, un bois tellement dense qu’il coule dans l’eau. Cet arbre de taille moyenne est extrêmement dur car il possède un grain plus serré que les autres variétés de chêne. 

Le climat pluvieux et chaud de la région côtière de Kishu lui plait et c’est là qu’il pousse, dans des zones vallonnées et difficilement accessibles, ce qui rend sa récolte particulièrement compliquée, d’autant plus qu’elle doit se faire à la main en raison du relief du terrain. 

Les chênes Ubame sont en outre très difficiles à abattre : comme ils ne poussent pas droit, il faut les étayer. Quant aux arbres les plus gros, ils faut les couper en deux. 

L’Ubame est exploité plusieurs des milliers d’années par un nombre limité de forestiers qui gèrent la production de charbons de bois parmi les plus réputés à travers l’Asie.

Le séchage

Après la récolte, les fabricants de Binchotan coupent le bois d’Ubame en fines bûches et disposent des cales afin de les garder bien droites le temps que le bois sèche, ce qui prend plusieurs semaines. Une fois sèches, les bûches sont soigneusement placées à la verticale à l’intérieur du “four Bincho”, un four spécial en forme de figue, qui transformera le chêne Ubame en charbon de bois binchotan de Kishu tel que nous le connaissons.

Construits en argile rouge provenant des montagnes de Kishu, les fours Bincho peuvent atteindre des températures dépassant 1 000 ° C et conserver la chaleur pendant plusieurs semaines.

L’étape de la carbonisation 

Dans un premier temps, le bois est porté à basse température (environ 400 ° C) où on le laisse se consumer doucement pendant plusieurs jours. Lentement, il se transforme en charbon et des millions de pores microscopiques apparaissent à sa surface. À ce moment-là, les pores se remplissent de goudron.

L’étape d’activation ou de raffinage

Après plusieurs jours de carbonisation, on fait progressivement des ouvertures pour laisser l’air s’engouffrer dans le four et déclencher une combustion intense. Ce processus prend un à deux jours et transforme le charbon de bois en binchotan. La température augmente considérablement et peut atteindre jusqu’à 1 200 ° C. Les goudrons emprisonnés dans les pores se volatilisent alors sous l’effet de l’intensité de la chaleur.

Les charbons sont chauffés au rouge, et le charbon de bois binchotan est alors composé de 95% de carbone pur (contre 75% pour un charbon ordinaire). Une fois que la fumé blanche s’échappant de la cheminée a disparu, les fabricants extraient le charbon de bois encore chaud du four et le recouvrent d’un mélange de cendres, de terre et de sable pour le refroidir et le carboniser. 

C’est à cause de cette poussière qui le recouvre temporairement alors que le binchotan est appelé “charbon de bois blanc”.

Une fois le charbon de bois devenu binchotan de Kishu

Les goudrons contenus dans les pores qui se sont formés lors de la phase de carbonisation se sont volatilisés sous l’effet de l’intensité de la chaleur et forment dès lors une très grande surface d’échange, de l’ordre de 1 000 m² par gramme de carbone. 

Ce sont ces pores libérés de toute substance qui donnent aux charbons Kishu leur capacité d’adsorption. L’adsorption est le phénomène par lequel les molécules présentes en suspension dans un liquide (ou un gaz) se fixent sur la surface solide avec laquelle elles entrent en contact.

C’est selon ce principe que les particules responsables des goûts et odeurs désagréables de l’eau du robinet adhèrent à la surface du charbon.

Il est d’ailleurs couramment utilisé dans l’industrie pour capturer le chlore, les pesticides et les herbicides, le benzène, le radon, les solvants et autres produits chimiques. 

Le binchotan de Kishu, un produit rare et précieux

La fabrication du binchotan nécessite un véritable savoir-faire, qui selon la tradition se transmet de génération en génération. L’ensemble du processus prend jusqu’à 10 jours et ne produit qu’environ 600 kg de binchotan pour 6 tonnes de bois récolté. 

Ce qui explique en partie le fait que, bien que le Japon produise au total 

1 800 tonnes de charbon de bois par an, le charbon de bois binchotan soit fabriqué dans des qualités extrêmement faibles et que le charbon de bois  binchotan produit à Kishu ne représente que 3% de la production totale du pays. 

Click Here to Leave a Comment Below 1 comments